La géopolitique du diamant en Afrique éclaire les enjeux d’une ressource rare, précieuse et stratégique, convoitée pour sa valeur et ses propriétés physiques. Découvre comment cette pierre façonne économies, conflits et opportunités entre exploitation industrielle, commerce illicite et rivalités internationales.
Une manne naturelle suscitant un vif intérêt
La genèse de la géopolitique du diamant en Afrique
La ruée vers le diamant
L’histoire du diamant en Afrique commence en 1867 en Afrique du Sud. À Hopetown, le jeune Erasmus Jacobs trouve une pierre. Cette dernière est en fait un diamant de 21 carats, plus tard baptisé « Eureka ».
La ruée vers les diamants commence dans les années 1870 à la suite de la découverte de gisements à Kimberley, notamment le « Big Hole ». La véritable exploitation débute en 1888, année de fondation de la De Beers Consolidated Mines Limited présidée par Cecil Rhodes. Elle contrôle alors quasiment toutes les mines du pays et 90 % de la production mondiale de diamant. La De Beers s’installe ensuite aussi au Congo, en actuelle Namibie et en Angola.
La construction d’un imaginaire
Après son rachat d’une partie des mines d’Afrique du Sud, Ernest Oppenheimer prend la présidence de la De Beers en 1929. Son fils, Harry, lance l’idée d’une campagne publicitaire dans les années 1940. Il s’agit à ce moment de convaincre les sociétés occidentales de la rareté des diamants. Ces derniers sont aussi associés à l’éternité et à l’amour. Ils deviennent donc les cadeaux à faire lors de fiançailles ou de mariages.
Les slogans « Le diamant est éternel » ou « Les diamants sont les meilleurs amis d’une femme » se répandent bientôt jusqu’aux États-Unis. On les retrouve d’ailleurs dans la scène mythique du film Gentlemen Prefer Blondes de 1953. Habillée de sa robe rose, Marilyn Monroe y répète sans cesse : « Diamonds are girl’s bestfriends. » Ces campagnes extrêmement efficaces rendent le diamant très convoité à l’international.
Aujourd’hui, une opportunité de développement pour les États africains
En 2000, les États africains nationalisent leurs mines. Cela retire à la De Beers son monopole sur les ressources du continent. Ainsi, la voie semble se dégager davantage pour permettre aux États africains de tirer parti de cette manne naturelle. Voici quelques caractéristiques actuelles de cette dernière.
Les principaux pays producteurs
Le continent africain produirait environ 65 % des diamants bruts mondiaux. Les principaux États producteurs sont le Botswana (deuxième mondial, après la Russie), la République démocratique du Congo (15,6 %), la République centrafricaine (10 %), l’Afrique du Sud, l’Angola, la Namibie et le Ghana. D’autres pays sont aussi des producteurs : Zimbabwe, Sierra Leone, Guinée, Ghana, Liberia…
Une ressource bien exploitée de certains États
Les États d’Afrique possédant de telles ressources ont donc de véritables trésors sous leurs pieds. Pourtant, peu parviennent à réellement en profiter. La présence de firmes internationales dans les activités d’extraction est effectivement toujours forte. Ces dernières entendent tirer leur épingle du jeu et deviennent alors des acteurs majeurs de la géopolitique du diamant en Afrique.
Néanmoins, l’exemple du Botswana est plus positif. Le gouvernement a un partenariat 50/50 avec la De Beers. Les diamants représentent plus de 30 % du PIB du pays, permettant de financer la santé ou l’éducation. Dès les années 2000, le Botswana exerce des pressions sur la De Beers en la forçant à exploiter les diamants par joint-venture.
Là où le Botswana n’était qu’un lieu d’extraction, il devient alors un lieu de tri, puis de commerce de pierres brutes. L’économiste Daron Acemoglu met en relation cette réussite du Botswana avec la présence d’un groupe ethnique dominant au sein de l’autorité du pays. Les détenteurs de cette autorité se sentent redevables au peuple qui les a portés à un tel rang et assurent donc une saine gestion de la rente.
La malédiction des joyaux africains
La géopolitique du diamant en Afrique intervient aussi au sein de conflits et de trafics, popularisant l’idée d’une « malédiction des diamants ».
Les diamants de conflits ou diamants de sang
Le géographe irlandais Hugo Lewis est à l’origine de cette théorie des diamants de sang. Il met en évidence la vente illégale dont ces diamants font l’objet. L’argent qui en découle sert notamment à fournir des armes aux groupes armés qui les exploitent. La Sierra Leone et le Liberia en font les frais dans les années 2000. Le président libérien de l’époque, Charles Taylor, aurait en effet soutenu l’insurrection du Revolutionary United Front en Sierra Leone. Il aurait fait livrer des armes en échange de diamants.
Le commerce des diamants de sang peut aussi avoir une portée internationale . Les attentats du 11 septembre aux États-Unis en sont un bon exemple. En 2001, le correspondant de guerre, Douglas Farah, confie effectivement qu’Al-Qaïda a gagné plusieurs millions de dollars grâce à la vente illicite de diamants extraits en Sierra Leone.
Les trafics au centre de la géopolitique du diamant en Afrique
Un manque de surveillance de la circulation des diamants en Afrique explique l’accroissement des trafics. Le blanchiment de diamants est répandu sur le continent. Il consiste à donner une apparence légale à des diamants qui viennent de sources illégales ou criminelles. Cela concerne donc les diamants de sang, mais aussi des diamants de contrebande. Ces derniers sont souvent extraits illégalement, sans licences ou hors des zones autorisées. D’autres diamants sont aussi recyclés. Ils sont volés ou récupérés alors qu’ils n’ont jamais été déclarés, et peuvent donc être remis sur le marché.
De nombreux circuits informels se développent alors ; par exemple depuis l’Angola vers Dubaï et Abou Dabi. Dubaï est en effet devenue la nouvelle plaque tournante des diamants de sang et de contrebande. Sa législation laxiste permet un blanchiment simple et l’obtention de faux certificats.
Les populations africaines ne profitent que peu de la richesse du sol
Des conditions de travail très éprouvantes
L’exploitation minière nécessite un travail extrêmement pénible. Dans certaines mines, notamment au Botswana et en Afrique du Sud, le travail est davantage mécanisé. En revanche, dans d’autres États, comme la RDC ou la République centrafricaine, on parle encore de mines « artisanales ». On y travaille à la main, parfois même sans outils. La chaleur règne, tandis que les postures adoptées sont physiquement très éprouvantes.
S’ajoute aussi le travail des enfants. Un rapport de l’Unicef déplore l’usage d’une main-d’œuvre enfantine en RDC par exemple. 43 880 enfants auraient travaillé dans les mines sud de la RDC en 2006.
Des salaires très faibles et une présence toujours très forte des compagnies étrangères
Le salaire des mineurs de diamants est très faible. Par exemple, en Sierra Leone, il s’élève à seulement deux dollars journaliers, là où l’industrie génère pourtant 250 millions de dollars par an. Cet exemple est représentatif du problème que rencontre l’Afrique quant à l’extraction de diamants. Les trésors du sol africain ne profitent que peu aux habitants.
Beaucoup d’États ont leurs compagnies nationales, fonctionnant généralement en partenariat avec de grands groupes. Par exemple, Endiama, en Angola, collabore notamment avec la De Beers. Le problème principal qui se pose est la dépendance des États africains à ces groupes.
Prenons le cas de la Namibie : c’est un pays sur les côtes duquel se développe l’extraction de diamants offshore. En 2019, la société Debmarine Namibia doit immobiliser le Mafuta, son navire principal, pour cause de maintenance. C’est grâce au nouveau navire commandé par la De Beers que l’extraction pourra potentiellement augmenter de 38 %.
Plus généralement, l’Afrique est souvent cantonnée au poste de lieu d’extraction. La valeur ajoutée est créée par les grandes multinationales et bénéficie grandement à ces dernières : De Beers, Petra Diamonds (Royaume-Uni), Alrosa (Russie)… La taille, le polissage ou encore le montage en bijoux des diamants sont difficiles à réaliser sans l’installation d’une industrie spécifique.
Les tentatives de régulation de la géopolitique du diamant africain
La régulation des trafics : pour une saine gestion de la géopolitique du diamant en Afrique
Un processus prometteur…
En mai 2000, le processus de Kimberley entre en vigueur en Afrique. Son objectif est de certifier que les diamants bruts exportés par les pays participants ne sont pas des diamants de sang. Il s’agit pour le processus de s’assurer qu’ils sont « libres de conflits ». Pour y parvenir, le processus de Kimberley énonce des règles.
Par exemple, un pays du processus ne peut faire du commerce de diamants qu’avec un autre pays membre. Ses diamants bruts doivent être transportés dans un conteneur scellé avec un certificat du processus de Kimberley. Ce dernier présente notamment une description de la cargaison et de sa valeur.
… qui ne porte cependant pas toujours ses fruits
Néanmoins, le processus a ses limites, observables par exemple en République centrafricaine. En 2013, le processus de Kimberley met les diamants du pays sous embargo. Il s’agit d’empêcher les groupes rebelles de financer leurs activités grâce aux diamants et donc de stopper la prolifération de diamants de sang.
Le problème est que cette solution ne s’attaque pas vraiment aux causes réelles du conflit et tend à favoriser le marché noir et la contrebande. Finalement, le processus lève l’embargo en 2024 sans réellement proposer de solution d’amélioration. Aider la République centrafricaine à surmonter ses difficultés demeure un défi de taille pour un processus de Kimberley qui ne dispose pas de budget propre.
Des tentatives d’amélioration des conditions d’extraction des diamants en Afrique
Outre la régulation des trafics, certains pays d’Afrique se concentrent sur la progression des droits des mineurs. En février 2024, le réseau minier IndustriALL Global Union se réunit pour favoriser un cadre de travail décent au sein de l’industrie du diamant. Sont présents des représentants du Botswana, de la Namibie, de l’Afrique du Sud, du Zimbabwe, du Lesotho, mais aussi de Belgique.
Les participants s’engagent à renforcer les capacités syndicales, à appuyer l’égalité des sexes et à améliorer les conditions de travail.
La formation d’emplois locaux et le développement des compétences de la main-d’œuvre
Malgré les problèmes que pose l’industrie diamantaire sur le continent, elle porte aussi quelques espoirs. En Afrique du Sud, par exemple, l’industrie minière artisanale offre des emplois dans des zones rurales où le chômage fait rage. L’implication des populations locales dans l’exploitation minière rend possibles la réduction des activités illégales et l’amélioration des conditions de travail.
De plus, des réunions comme celles de l’IndustriALL Global Union ont aussi pour but de pousser au transfert de compétences chez les locaux. En effet, ses représentants disent vouloir améliorer les compétences de négociation dans les secteurs de l’extraction et du polissage, mais aussi de la taille.
Conclusion
Ainsi, l’Afrique regorge de trésors minéraux qui font l’objet d’ importantes convoitises . Là où cette manne devrait pousser au développement des pays concernés, elle est encore à l’origine de trop nombreux trafics ou conflits et s’accompagne de conditions de travail souvent déplorables. Les régulations doivent donc se poursuivre et s’intensifier pour permettre aux États africains de s’imposer face aux entreprises internationales et d’inscrire la géopolitique du diamant en Afrique comme outil de développement sur le continent.



