croissance économique

Tu te perds avec toutes ces notions de croissance économique ? C’est normal. Les termes s’accumulent et semblent parfois désigner des réalités proches, voire identiques. Pourtant, chacun renvoie à un aspect spécifique du phénomène de croissance, qu’il s’agisse de sa source, de sa nature, de ses déterminants ou de ses effets. Comprendre ces distinctions est essentiel pour saisir les dynamiques qui façonnent nos économies et orienter les politiques publiques de manière cohérente. Cet article propose donc de clarifier ces différents types de croissance afin d’en dégager les logiques, les enjeux et les complémentarités.

Qu’est-ce que la croissance économique ?

La croissance économique, concept central de la science économique, se définit comme l’augmentation soutenue de la production de biens et services dans un pays sur une période donnée, généralement mesurée par l’évolution du produit intérieur brut (PIB) en volume. Cependant, cette croissance ne revêt pas une forme unique : elle peut être analysée selon sa source, sa nature, ses causes profondes ou encore ses effets sur la société.

On distingue ainsi plusieurs types de croissance, dont la croissance extensive, intensive, exogène, endogène, potentielle, conjoncturelle, structurelle et inclusive. Depuis les années 1950, les économistes, de Simon Kuznets à Robert Solow, ont cherché à formaliser ses déterminants, donnant naissance à une vaste littérature sur les moteurs du développement à long terme.

La notion de croissance potentielle désigne quant à elle le rythme maximal de croissance soutenable à long terme sans générer de tensions inflationnistes. Elle dépend de l’évolution démographique, du taux d’investissement, du progrès technique et du niveau d’emploi. Une économie peut croître au-dessus de son potentiel à court terme, mais cela provoque souvent des déséquilibres, comme une inflation accrue ou une surchauffe des marchés.

À l’inverse, une croissance inférieure au potentiel traduit un sous-emploi des capacités productives, révélant une situation de ralentissement économique. Par exemple, la Banque centrale européenne estime qu’en 2024, la zone euro croît encore en dessous de son potentiel, en raison d’un manque d’investissement et d’une productivité en berne.

Croissance extensive ou intensive ?

La distinction entre croissance extensive et intensive repose sur la manière dont l’économie augmente sa production.

La croissance extensive provient principalement d’une augmentation des quantités de facteurs de production, c’est-à-dire du travail et du capital. Elle se manifeste lorsque la production s’accroît grâce à une population active plus nombreuse, une accumulation de machines ou un allongement du temps de travail. Cette forme de croissance est donc liée à l’expansion des ressources disponibles, mais elle peut atteindre rapidement ses limites en raison de la rareté du capital et de la saturation du marché du travail.

À l’inverse, la croissance intensive résulte d’une amélioration de l’efficacité avec laquelle ces facteurs sont utilisés. Elle repose sur les gains de productivité, notamment grâce au progrès technique, à l’innovation organisationnelle ou à la montée en qualification de la main-d’œuvre. Cette forme de croissance est considérée comme plus durable, car elle repose sur la qualité plutôt que la quantité des ressources mobilisées. C’est ce type de croissance qui a permis, par exemple, à la Corée du Sud ou à l’Allemagne de maintenir leur compétitivité malgré un vieillissement démographique marqué.

Croissance exogène vs endogène

Dans les modèles de croissance exogène, tels que celui de Robert Solow (1956), le progrès technique est perçu comme une variable extérieure au système économique : il survient indépendamment des décisions des agents. La croissance résulte alors de l’accumulation du capital et du travail, jusqu’à ce que les rendements décroissants apparaissent, puis le progrès technique vient relancer la dynamique.

À l’inverse, la théorie de la croissance endogène, développée notamment par Paul Romer et Robert Lucas dans les années 1980, considère que le progrès technique est le produit de décisions économiques internes. L’investissement dans la recherche, l’éducation ou les infrastructures génère des externalités positives qui nourrissent la productivité globale des facteurs. Ainsi, la croissance endogène s’autoalimente et peut se maintenir sans apport extérieur, à condition que les politiques publiques favorisent l’innovation et l’accumulation de connaissances. Les politiques industrielles menées par la Commission européenne depuis 2020, axées sur la souveraineté technologique, s’inspirent largement de cette logique endogène.

Ces deux croissances, loin de s’exclure, se complètent. Pour en savoir plus, clique ici !

Croissance économique par la demande ou par l’offre

On peut aussi évoquer la croissance tirée par la demande (keynésienne) et la croissance tirée par l’offre (classique ou néoclassique).

La première repose sur la stimulation de la consommation et de l’investissement pour activer les capacités productives inutilisées, tandis que la seconde repose sur l’accumulation du capital, la flexibilité et l’innovation pour accroître la production potentielle.

John Maynard Keynes, dans sa Théorie générale (1936), insistait sur le rôle moteur de la demande globale pour relancer l’activité en période de crise, tandis que les économistes de l’école de Chicago, tels que Milton Friedman, mettaient l’accent sur la stabilité monétaire et la confiance des entreprises pour soutenir la croissance par l’offre.

Cette opposition reste d’actualité : les plans de relance massifs post-Covid (comme le Recovery Plan européen de 2021) s’inscrivent dans une logique keynésienne, tandis que les réformes du marché du travail en France relèvent d’une approche par l’offre.

Croissance conjoncturelle et croissance structurelle

On distingue également la croissance conjoncturelle et la croissance structurelle, selon la temporalité et la profondeur des phénomènes en jeu.

La croissance conjoncturelle reflète les fluctuations de court terme autour de la tendance de long terme, en lien avec le cycle économique. Elle est influencée par des facteurs temporaires, tels que la politique budgétaire, monétaire ou les chocs externes (hausse du prix du pétrole, crise financière, etc.).

La croissance structurelle, en revanche, correspond à la tendance de fond qui découle des transformations durables de l’économie : progrès technologique, évolution du capital humain, changements démographiques ou institutionnels.

L’analyse conjointe de ces deux dimensions permet de comprendre si une phase de croissance est passagère ou si elle s’inscrit dans une dynamique de long terme. Les années 2020 illustrent bien cette distinction : le rebond post-pandémie fut conjoncturel, tandis que la transition numérique et énergétique relève d’une mutation structurelle.

Croissance appauvrissante ou déséquilibrée…

La croissance appauvrissante (immiserizing growth) est un concept paradoxal introduit par Jagdish Bhagwati en 1958. Elle survient lorsqu’un pays voit sa production augmenter, mais que ses termes de l’échange se détériorent tellement que son revenu réel diminue. C’est une croissance qui appauvrit, souvent observée dans certaines économies exportatrices de matières premières. L’effondrement des prix du pétrole en 2014 a, par exemple, provoqué ce phénomène dans plusieurs pays producteurs, comme le Venezuela ou le Nigeria.

La croissance déséquilibrée, théorisée par Albert Hirschman en 1958, repose sur l’idée qu’une économie ne se développe pas nécessairement de manière harmonieuse. Des déséquilibres sectoriels ou géographiques peuvent stimuler la croissance globale en créant des effets d’entraînement. Ce type de stratégie a été observé dans les « dragons asiatiques », où l’industrialisation rapide d’un secteur clé (électronique, automobile, textile) a engendré des retombées positives sur le reste de l’économie.

Quid de la croissance conjointe ?

Cette croissance désigne un phénomène essentiel dans l’économie contemporaine : celui du développement coopératif entre entreprises.

Contrairement à la croissance interne, fondée sur les investissements propres d’une firme, ou à la croissance externe, issue des fusions et des acquisitions, la croissance conjointe repose sur des synergies stratégiques entre acteurs économiques qui unissent leurs ressources et leurs compétences pour se développer ensemble. Elle se manifeste notamment à travers les alliances industrielles, les joint-ventures, les clusters régionaux ou encore les écosystèmes d’innovation. Ce modèle repose sur la conviction que la coopération peut être plus efficace que la concurrence pour stimuler l’innovation et conquérir de nouveaux marchés.

Les pôles de compétitivité français, tels qu’Aerospace Valley ou Cap Digital, illustrent cette logique en favorisant les échanges entre entreprises, laboratoires et institutions publiques. Sur le plan théorique, les travaux de Michael Porter (1990) sur les clusters et ceux de James Moore (1993) sur les écosystèmes d’affaires ont montré que la performance d’une entreprise dépend largement de la vitalité du réseau auquel elle appartient.

En somme, la croissance conjointe traduit une vision plus relationnelle du développement économique : les firmes ne croissent plus seules, mais au sein d’un tissu d’interdépendances où la création de valeur se nourrit de la collaboration.

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Croissance inclusive, durable et verte : des nuances entre ces notions

Enfin, la croissance inclusive s’intéresse à la dimension sociale et distributive de la prospérité. Elle vise à assurer que les fruits de la croissance profitent à l’ensemble de la population et réduisent les inégalités, plutôt que de les aggraver. Elle intègre les considérations d’équité, d’emploi, d’accès à l’éducation et de durabilité environnementale.

Dans cette perspective, une croissance élevée n’est pas nécessairement souhaitable si elle se traduit par une exclusion sociale ou une dégradation écologique. L’objectif est donc d’articuler efficacité économique et justice sociale pour garantir une prospérité partagée. La Banque mondiale et l’OCDE ont fait de cette notion un axe central de leurs politiques de développement depuis les années 2010.

On parle ensuite de croissance soutenable (ou durable) lorsque la progression économique se fait sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire leurs besoins. Elle intègre explicitement la contrainte environnementale et repose sur un équilibre entre croissance économique, préservation des ressources naturelles et cohésion sociale. Depuis le rapport Brundtland de 1987, ce concept s’est imposé comme référence, notamment avec les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies.

La croissance verte en est une déclinaison plus ciblée sur l’environnement. Elle désigne la capacité à concilier dynamisme économique et réduction des émissions de carbone, des pollutions ou du gaspillage énergétique, notamment par l’innovation technologique et la transition écologique. Les investissements massifs dans les énergies renouvelables et les politiques de neutralité carbone de l’Union européenne illustrent cette orientation vers un modèle de croissance décarboné.

La croissance économique pour les gouverner toutes

En somme, la croissance économique n’est pas un phénomène uniforme, mais un processus complexe aux sources multiples, une définition qui évolue avec le temps. L’analyse de ses différentes formes permet de mieux comprendre les défis contemporains : relancer la productivité sans creuser les inégalités, soutenir l’emploi sans aggraver le climat et transformer les structures économiques pour une prospérité à la fois durable, inclusive et résiliente. Car utiliser le PIB comme seul mantra n’est plus l’objectif des pays en 2025.

Dans un contexte où les enjeux environnementaux et sociaux remettent en question l’idée que la croissance doit toujours être continue et illimitée, certaines réflexions économiques mettent en avant une alternative radicale : la décroissance.